Hellblade: Senua’s Sacrifice

Habitués aux titres à gros budget tels que Heavenly Sword, Enslaved ou encore le reboot de Devil May Cry, les talents du studio Ninja Theory ont décidé de s’écarter de cette route où la créativité semble être mise de côté. C’est dans ce tournant que Hellblade: Senua’s Sacrifice est né, développé à la manière de leurs précédentes créations, mais à coûts réduits. Sans éditeur et sans le budget qu’il apporte, Hellblade: Senua’s Sacrifice n’est-il qu’un banal jeu indépendant comme il en existe tant d’autres ? Viens lecteur, plongeons-nous dans les plus profondes abysses de l’esprit humain.

« Mais pourquoi fait-elle cela ? »

Libre de ne pas devoir satisfaire les intérêts d’investisseurs bien trop souvent opposés à des idées nouvelles, les développeurs du titre ont décidé de s’attaquer à un sujet qui est encore malheureusement tabou à notre époque : la santé mentale. En effet, Senua notre héroïne, guerrière celte, souffre de psychose depuis sa naissance. La perte de son bien-aimé, Dillion, lors d’un raid Viking dans son village n’a fait qu’amplifier son fardeau. Durant la conception du jeu, le studio a pris la peine de se renseigner correctement sur la maladie dont souffre Senua. Un documentaire d’une quarantaine de minutes présent sur le menu principal explique que des professeurs spécialisés ainsi que des personnes atteintes de la maladie ont été invités par les développeurs afin de pouvoir retranscrire au mieux les effets de la maladie sous forme vidéoludique. Le travail fut unanimement salué par tous les consultants.

Des voix retentissent sans arrêt dans l’esprit de Senua. Elles sont tantôt moqueuses, tantôt hostiles, mais parfois elles peuvent nous aider à progresser. Notre aventure commence sous la brume, alors qu’une de ces voix narre ce qu’il se passe à l’écran. À bord d’un simple tronc d’arbre posé sur l’eau, Senua rame en direction de la terre ferme. Cette cinématique d’introduction nous permet de poser un premier constat : la bande sonore est magnifique et l’immersion est immédiate. Sans arrêt, nous entendons des voix autour de nous, jamais au même endroit. Pour donner ce résultat, Ninja Theory a utilisé une technique d’enregistrement audio appelée « enregistrement binaural », qui permet de reproduire l’audition humaine en utilisant deux micros. Toutefois, pour en profiter, le port d’un casque est impératif. En outre, les musiques sont de qualité et jouées avec pertinence.

Arrivé sur la terre ferme, les voix nous indiquent la direction à prendre. Le jeu ne dispose d’aucune interface à l’écran, donc point de minimap. Bien que le jeu soit assez linéaire, les voix s’avèrent en fait très utiles dans les combats ainsi que les puzzles que nous rencontrerons lors de notre aventure. Les visuels ont subis le même traitement que le son, ils sont magnifiques. Les décors sont grandioses et détaillés. L’ambiance procurée par ceux-ci passe de colorée et paisible à sale et oppressante, attaquant littéralement nos yeux ébahis. Tout ceci est porté par une technique au poil grâce à l’Unreal Engine 4 qui fait ici des merveilles.

« N’a-t-elle aucune idée de ce qu’elle fait ? »

Senua entreprend son voyage lentement. Une descente aux enfers, «Helheim». C’est là-bas que son bien-aimé se trouve, Dillion, prisonnier des griffes de la redoutable Déesse la mort, «Hela». Senua veut à tout prix le ramener dans le monde des vivants. L’intrigue se met en place petit à petit par la voix narratrice ainsi que divers «totems» ornés d’une rune qui, une fois activés, nous racontent plus en détails la mythologie nordique qui berce cet univers si particulier dans lequel nous venons de mettre les pieds.

Quelques minutes s’écoulent avant que le chemin de Senua ne croise celui d’un ennemi. Les combats sont simples, nous disposons d’une attaque faible mais rapide ainsi que d’une attaque lente mais puissante. En outre, nous pouvons bousculer l’ennemi. Côté déplacements, nous pouvons courir, éviter les attaques de l’adversaire et même les contrer. Après divers coups portés à l’ennemi, celui-ci devient soudainement invincible et nous inflige un coup fatal. Mais ce n’était qu’une illusion, un avertissement. En effet Senua est corrompue, une pourriture s’avancera dans son corps si elle est vaincue, en commençant par son bras. Si sa tête est touchée, ce sera la fin de son aventure. Ce système de permadeath n’est au final pas très menaçant vu la simplicité des combats, que ce soit contre des ennemis communs ou des boss de fin de chapitre. En plus de cela, les voix nous aident constamment en nous indiquant une attaque imminente dans le dos ou encore en nous notifiant de la santé faible d’un ennemi.

Avertis, nous avons le choix de pénétrer dans l’antre de deux divinités qui devront être vaincues afin de pouvoir ouvrir les portes de «Helheim» et rencontrer «Hela». La porte de gauche nous emmènera à la rencontre de «Valravn», Dieu de l’Illusion alors que la porte de droite nous dirigera vers «Surt», Dieu du feu. C’est dans ces territoires que nous sommes amenés à résoudre des puzzles grâce à une mécanique de gameplay particulière : le focus. La simple pression d’un bouton permet à Senua de se focaliser sur un point afin de mieux l’étudier. La plupart des puzzles sont les mêmes : nous devons retrouver dans l’environnement des runes dessinées grâce à la forme de divers objets. Ces puzzles sont intelligemment mis en place, mais s’avèrent malheureusement redondants après quelques heures de jeu, cassant le rythme. Ce ne sont heureusement pas les seuls présents au cours de notre aventure, bien que le système de focus soit utilisé dans chacun d’eux.

En plus des puzzles, cette mécanique est utilisée dans différentes situations. Lors d’un combat, les coups que nous portons ainsi que ceux que nous controns remplissent une rune gravée sur un miroir attaché à la ceinture de Senua. Une fois remplie, le focus nous permet d’activer un ralenti du temps qui ne touche pas notre héroïne, lui permettant d’attaquer vivement l’ennemi. Le jeu apprécie de jouer avec les conventions. Par exemple, Senua se retrouvera en incapacité si elle reçoit une attaque puissante de l’ennemi, permettant à ce dernier de l’achever si elle ne se relève pas assez rapidement. Ce cas de figure pourrait entraîner la mort. Mais c’est sans compter l’utilisation du focus qui permet à notre guerrière de se relever et de rester en vie, évitant ainsi la propagation de la pourriture.

« Mais où va-t-elle ? »

La narration est menée avec brio. Grâce non seulement à une écriture de haut niveau, mais aussi à la qualité des acteurs prêtant leur voix ainsi que leur corps dans certaines scènes où ils sont filmés pour ensuite être incrustés dans l’environnement virtuel. Cette technique, qui a probablement permis à Ninja Theory d’économiser leur petit budget, fonctionne parfaitement. Nous aurions pu penser que le mélange entre le réel et le virtuel pourrait casser l’immersion à cause de la différence de rendu, mais ce n’est pas le cas. En effet, Senua est modélisée et animée de façon exemplaire grâce à une méthode de motion capture mise en place lors du développement du jeu. Melina Juergens, éditrice vidéo chez Ninja Theory, fut choisie au sein du studio pour essayer la méthode de capture afin de la parfaire. Sa performance était telle qu’elle fut retenue pour incarner le rôle de Senua.

Lors de sa quête, Senua est forte et motivée à sauver son cher et tendre ; le personnage et ce qu’il ressent dégagent en nous un sentiment de compassion qui nous pousse à avancer. Nous ne pouvons nous empêcher de ressentir une ribambelle d’émotions qui émanent d’une expérience prenante mais poignante, stressante et désolée. Un vrai tour de manège émotionnel porté par une mise en scène sans faille. Tout cela montre le talent d’une équipe de développement qui a pu, au fil des années, apprendre des techniques de narration solides. L’histoire qui nous est racontée est vraiment le point fort du titre, bravo !

Verdict: 18/20

Les huit heures que j'ai passées sur Hellblade: Senua's Sacrifice furent un véritable régal. Le thème principal de l'aventure et la qualité générale du titre sont une bouffée d'air frais dans le paysage vidéoludique actuel. Bien que le gameplay soit perfectible et que le rythme soit parfois en dents de scie, le reste de l'expérience atteint un niveau tel qu'il est difficile de sanctionner le titre pour ces erreurs qui tombent finalement dans l'oubli. Une claque en pleine face qu'il sera difficile d'oublier. Vendu au prix de 30€ lors de sa sortie, l’œuvre de Ninja Theory est une pépite que chaque joueur intéressé par les aventures narratives se doit de posséder.

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Réactions

  • Johnny Ofthedead le 11/09/2017

    Excellent premier test ! Tu as réussi à me donner envie d’acheter le jeu, bravo 😀

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