Embers of Mirrim – Double dose d’adresse

Un studio canadien bouscule vos habitudes en vous demandant de diriger deux personnages en même temps et souvent dans des directions différentes. Un défi corsé et inventif dans le cadre d’un jeu de plates-formes tendance die & retry.

Embers of Mirrim, tout est dans le titre. Ah mais j’oubliais… vous ne connaissez pas encore Mir et Rim. Autant vous le dire tout de suite, ces deux-là ne sont pas potes. À tel point qu’ils ne savent pas se croiser sans se grogner dessus – Mir et Rim sont des bêtes sauvages, je ne vous l’avais pas dit ? Enfin, pas si sauvages que ça, puisqu’ils appartiennent à des clans dirigés par une sorte de gourou. Lequel les avait mis en garde plus ou moins en ces termes : « Attention, les rigolos, un jour viendra où vous devrez pourtant vous entendre ». « Quand, maître ? », répondirent les sujets. « Lorsque la corruption aura atteint notre monde, mouhahahaha », asséna le chef.

Mir, Rim et leurs semblables ne sont pas humains, répétons-le, sinon ils auraient sûrement pris cet avertissement à la légère jusqu’à la fonte complète des glaciers. D’ailleurs, leur chef ne déconnait pas : la corruption arrive finalement, pile quand le jeu commence (la vie est bien faite). Pour contrer ce mal, le leader décide de fusionner Mir et Rim en une entité unique : Mirrim ! Une chance qu’ils ne s’appelaient pas Jean-Michel et Orlando.

Vous dirigez donc Mirrim, une créature fabuleuse qui n’en impose pas réellement. Ses capacités sont d’ailleurs assez limitées : elle peut sauter, planer et faire une charge au sol. Heureusement que les « Embers » (of Mirrim) sont là pour mettre un peu de folie. Ces « ambres » tellement importants dans le jeu qu’ils ont justifié toute l’histoire sans intérêt que je viens de vous narrer.

Mirrim se divise en deux ambres, de couleur mauve et vert, quand ça vous chante. Vous appuyez sur la gâchette gauche de votre manette pour libérer l’ambre vert et sur la gâchette droite pour l’ambre mauve. Pour quoi faire ? Pour avancer dans les niveaux, comme dans tout bon jeu de plates-formes. Expliquons ça brièvement, le franchissement de précipices impose souvent de suivre un chemin de points colorés (mauve et vert) avec l’ambre de la couleur correspondante, un stick directionnel pour chaque ambre. Le maniement est délicat, voire contre nature par moments, mais c’est justement en cela qu’il donne de belles satisfactions et flatte l’orgueil du joueur. On retrouve le sentiment de fierté déjà ressenti dans Soft Body, un jeu réalisé en Belgique qui vous demandait aussi d’imprimer des directions différentes avec les deux sticks de la manette. Très original et grisant, aussi bien pour Soft Body que pour Embers of Mirrim. Pour vous faire une idée plus précise de cette jouabilité, regardez plutôt cette vidéo de présentation.

Au-dessus de cette maniabilité prenante, le développeur canadien Creative Bytes Studios s’est senti obligé d’ajouter des couches plus ou moins appétissantes. Dans la colonne des plus, on insérera certainement les quelques phases de labyrinthe, où vos deux parties doivent trouver leur propre itinéraire tout en combinant leurs déplacements. Obtiennent la mention satisfaisante, les séquences de fuite devant des monstres ou des ronces qui poussent aussi vite que dans vos cauchemars de jardinage (chacun ses névroses). Dans la catégorie du passable, les combats de boss manquent leur volonté épique. Puis, comme dans la majorité des jeux de plates-formes actuels, des énigmes fatigantes plombent le plaisir.

Mettons-nous en situation. La langue sur la commissure des lèvres, vous vous donnez au maximum pour réussir un enchaînement du feu de Dieu dans un formidable ballet de sticks analogiques. Après cinq échecs de justesse, vous ressentez enfin la force qui gravite autour de toute chose dans cet univers et vous franchissez ce checkpoint de l’enfer en lançant un combo d’insultes que votre enfant, semble-t-il pas encore au lit, s’empresse de répéter impeccablement. Et là, on vous impose un tableau avec une énigme qui en appelle à votre réflexion calme et posée. Dans un état où votre patience ne dépasse pas les quatorze secondes, vous éteignez votre jeu et vous enfilez son pyjama à ce grossier personnage de six ans et demi qui répète tout ce qu’il ne faut pas. Merci les énigmes !

Sur le plan cosmétique, Embers of Mirrim a un bon paquet d’années de retard, mais ses repères visuels sont bien clairs. À l’écoute, par ailleurs, le jeu utilise des thèmes passe-partout ou beaucoup trop pompeux. Ne comptez donc pas sur l’enrobage pour vous séduire, tout l’intérêt du jeu repose sur cette excellente mécanique de gameplay. C’est déjà beaucoup en réalité, mais pas suffisant pour subir les derniers chapitres du jeu sans râler toutes les trente secondes.

Verdict: 12/20

Avec sa maniabilité aux deux sticks, Embers of Mirrim propose une idée de jeu très fraîche et bien utilisée… au début. Par la suite, les ajouts à la formule relèvent du remplissage beaucoup moins inspiré. L’équipe canadienne de Creative Bytes Studios ne transformera pas l’ambre en or pour cette fois. Ce sera peut-être pour l’essai suivant, le potentiel est là.

  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Twitter
  • Partager sur Google+

Sur le même sujet...

  • Giga Wrecker : y a pas de petites ordures…Giga Wrecker : y a pas de petites ordures… (0)
    Game Freak est la société japonaise connue pour avoir développé une des licences les plus rentables de l’histoire du jeux vidéo : Pokemon. Pourtant il y a une vie en dehors des petites […]
  • Soft Body – poésie reptilienneSoft Body – poésie reptilienne (0)
    Soft Body est le premier jeu commercial de Zeke Virant. Diplômé en game design de la New York University Game Center, Zeke Virant réside en Belgique et propose sur PC et PS4 un jeu […]

Laissez un commentaire

* champs obligatoire